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Au coeur de la tempète, gardez la tête froide

La stratégie de l'équilibre

Ce troisième article de notre série stratégique continue sur le thème de la guerre contre soi-même. Car avant même de faire la guerre à un ennemi extérieur à soi, il faut être capable de combattre notre propre résistance et nos conflits intérieurs. En résolvant nos conflits intérieurs nous apprenons à devenir notre meilleur ami et allié.

 

“Le plus haut degré de la sagesse humaine est de savoir plier son caractère aux circonstances et se faire un intérieur calme en dépit des orages extérieurs.“ Daniel Defoe


« Dans le feu de l’action, on a tendance à perdre la tête. Vous êtes confronté à beaucoup de choses en même temps - contretemps imprévus, doutes et critiques de la part de vos alliés. Il est alors dangereux de répondre en se laissant guider par ses émotions, par la peur, l’angoisse ou la frustration. Il est pourtant vital de garder la tête froide, de ne pas perdre ses moyens quelles que soient les circonstances. Aux tiraillements émotionnels de l’instant, vous devez opposer une résistance active : restez ferme, confiant et agressif quoi qu’il arrive. Endurcissez-vous en vous exposant à l’adversité. Apprenez à vous détacher du chaos du champ de bataille. Laissez les autres perdre leur sang-froid ; que votre solidité vous garde hors de leur emprise et vous permette de maintenir le cap. » Robert Greene.

« Dans le feu de l’action, on a tendance à perdre la tête »

Nous avons l’impression d’être rationnels et sereins, mais en fait nous sommes des boules d’émotions brutes, des chairs à vifs… Personne ne naît serein et avec un sang-froid implacable. Et cela se travaille.

 

C’est un concept central des arts martiaux Russes (Systema) est la relaxation. Pas la relaxation inconsciente du canapé et de la télévision. Mais un état de tension sélective physique et mentale (la juste tension pour une action efficiente).

 

Perdre la tête, c’est également se perdre dans sa tête. Une juste vigilance nécessite un mental apaisé.

« Vous êtes confronté à beaucoup de choses en même temps… »

Nous sommes de plus en plus pris entre plusieurs feux. Notifications, mails ou téléphones, ces distractions sont nos ennemis en de nombreuses occasions. Pour garder notre concentration et notre sang-froid, il nous faut limiter au maximum les sources de distractions inutiles.

De plus il nous faut apprendre à construire notre forteresse intérieure (thème cher aux stoïciens), à distinguer ce qui dépends de nous de ce qui ne dépends pas de nous. Ce qui dépends de nous, c’est notre attitude et nos réactions face aux événements. Ce qui ne dépends pas de nous, ce sont les événements en eux mêmes. La bonne attitude consiste à domestiquer nos émotions (cela prends du temps…) afin que quelques soient les circonstances nous restions présents, heureux, attentifs, positifs, confiants et libres. Cette liberté intérieure nous permets d’agir de manière bien plus efficiente et créative.

« …contretemps imprévus… »

L’apprentissage d’un art martial n’est pas un long fleuve tranquille. Il n’y a par exemple pas de mauvais partenaire (c’est une croyance très répandue chez les pratiquants d’arts martiaux). Car un partenaire qui ne réagit ou ne bouge pas selon nos désirs ou attentes nous permet de devenir plus adaptatif (il reste malgré tout qu’un travail coopératif permet un travail technique plus précis). Dans la vraie vie également, par exemple une agression sera toujours un « contretemps imprévu ». Vous n’avez pas le choix. Soit vous l’affrontez, soit vous subissez. Dans la vie les contretemps nous apprennent le courage et la patience.

 

« Ne pas se battre, ne pas subir » Roland Habersetzer

 

Cette citation exprime pour moi toute la dualité du pratiquant d’arts martiaux, qui va d’un côté essayer de tout son être d’éviter le combat, car il en connaît toutes les conséquences possibles. D’un autre, il connaît la limite que les autres ne doivent pas dépasser, que ce soit envers lui ou envers ses proches. L’artiste du combat naturel devient un Guerrier Pacifique.

« …doutes… »

Souvent nous doutons.

« Tout pouvoir vient de l’intérieur » Principe de la Huna.

Si nous réalisons que tout pouvoir vient de l’intérieur de nous, nous ne doutons plus. Nous devons douter de ce qui ne dépends pas de nous et être confiants dans ce qui dépends de nous (notre attitude, notre forteresse intérieure). En faisant ce changement, nous arrêtons de donner aux autres du pouvoir sur nous et reprenons les rênes de notre vie.

« …critiques de la part de nos alliés… »

Souvent nous sommes hypersensibles aux critiques (d’ailleurs, nous prenons de simples conseils ou remarques pour des critiques acerbes…). Notre ego a tendance à se croire menacé dès le moindre mot de l’autre. Hors nous avons à apprendre de tous, et quand quelqu’un fait ou dit quelque chose qui nous dérange, c’est que nous avons à apprendre sur nous même. En fait de critiques, soit nous découvrons un aspect à améliorer en nous, soit nous travaillons notre patience et notre sang-froid. Il est aussi souvent difficile d’accepter totalement les indications de notre professeur / Sifu / senseï sans y mettre notre ego, notre mental.

« Il est alors dangereux de répondre en se laissant guider par ses émotions »

Nos émotions doivent nous servir. La colère ou l’enthousiasme peuvent être des moteurs puissants. Mais sans utiliser notre raison, elles peuvent nous emporter sur des chemins très dangereux. Si nos émotions, tels un cheval fou, s’emballe, nous perdons le contrôle de nous même et nous emporte dans des actes ayant de multiples conséquences.

S’entraîner au sang-froid :

Robert Greene suggère six manières d’augmenter son sang-froid. Le sang-froid n’est pas inné, mais s’acquiert au fur et à mesure grâce à une discipline quotidienne :

1° Exposez-vous aux conflits

Pour les arts du combat, cela signifie, exposez-vous au stress de la confrontation. Sparring, exercices libres, combat d’entraide, ChiSao ou jeux plus ou moins virils. Il existe une multitude de manières d’augmenter le stress et l’adaptabilité demandés par un exercice. Si vous désirez entraîner votre efficacité en combat, il faut combattre.

 

Au quotidien, remarquez chaque fois que vous perdez votre sang-froid, que vous quittez votre forteresse intérieure. C’est tout à fait normal. Quand vous le remarquez (souvenez-vous que votre réaction, votre attitude ne dépends que de vous) revenez donc dans votre forteresse. Retrouvez votre sang-froid.

2° Ne comptez que sur vous-mêmes

Chaque fois ou nous sommes dépendants des autres nous perdons notre pouvoir personnel. Il est sain de recevoir des conseils, des soins ou des enseignements de différentes sources, mais nous devons toujours être conscients que nous sommes les meilleurs spécialistes au monde sur nous-mêmes, donc faites confiances à votre jugement (les enseignements toltèques disent : Soyez septiques mais apprenez à écouter).

 

Pour être autonomes, nous avons également besoin d’améliorer nos compétences utiles de mouvement et martiales. Ne soyez pas naïfs sur des sujets vitaux en self-défense comme le combat au sol dans toutes ses facettes ou la défense contre les armes ainsi que leur utilisation. Plus vous serez capables, plus vous arriverez à garder votre sang-froid en toutes situations.

3°Apprenez à rire de la bêtise des autres

Dans notre vie quotidienne, nous sommes entourés par des gens indécis, irresponsables, et souvent irritables (du à leur ego à fleur de peau, souvent la manifestation d’un syndrome d’infériorité…Mais ils ne sont pas réellement dangereux. Il nous faut apprendre à relativiser et à rire intérieurement de la bêtise des autres (tout en apprenant soi-même à ne pas reproduire autant de connerie). Il nous faut également apprendre à rire de nos propres erreurs et à continuer à avancer sur notre voie personnelle.

4° Surmontez la panique en vous concentrant sur des tâches simples

Les tâches les plus simples pour se calmer dans la tempête émotionnelle et la panique totale sont la respiration consciente abdominale et la correction consciente de notre posture ( voir ici mon article sur la structure ). Ces deux tâches reliées à la relaxation consciente doivent être répétées le plus souvent possible durant les entraînements (et la vie de tous les jours). Cela permet de créer une association inconsciente avec la relaxation et cela en devient des actions répétitives qui en deviennent plus faciles et reproductibles.

5° Prenez confiance en vous

Un humain est un humain, il ne faut pas se laisser impressionner par les apparences. Si vous êtes impressionné, imaginez la personne en question sur les toilettes ou comme un enfant. Cela aide beaucoup, surtout aujourd’hui, car nous pouvons facilement nous faire tyranniser par d’autres. Soyez confiants en vos capacités. La peur attire la peur.

6° Travaillez votre Fingerspitzengefühl (sensation du bout des doigts)

En vous faisant confiance et en vous soumettant à des situations de plus en plus difficiles et compliquées, vous commencerez bientôt à résoudre des situations de manière instinctive et intuitive. En suivant votre instinct, vous en viendrez à prendre l’initiative au bon moment (attaque dans l’attaque), ou à bouger juste ce qu’il faut pour esquiver et ensuite pouvoir contre-attaquer. C’est à ce moment là que la Voie du Combat devient réellement Naturelle, instinctive, inconsciente (car totalement intégrée).

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Les livres qui ont inspiré cet article :

Vous trouverez ici le premier article de notre série stratégie et arts martiaux :

 

La guerre contre soi-même

Vous trouverez ici le deuxième article de notre série stratégie et arts martiaux :

N'ayez jamais une guerre de retard, la stratégie de la guérilla psychologique.

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