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Principe d'efficience : le Mouvement

Et comment mettre du mouvement dans votre pratique martiale

«  Bouger est un moyen de se défendre, un moyen de tromper l’opposant, un moyen de contrôler la distance pour pouvoir passer à l’offensive, un moyen de conserver son énergie. L’essence du combat, c’est l’art du mouvement. »

Bruce Lee

 

Qu’est-ce que l’efficience martiale…

Le mouvement est assez dur à cerner en tant que principe, c’est pour cela qu’il me faut déjà vous représenter l’efficience afin que vous puissiez comprendre l’importance du mouvement en tant que principe. On peut dire que l’on est efficient lorsqu’on réunit trois conditions : Performance, Sécurité et économie d’énergie.

 

On peut tout de suite remarquer qu’en fait, l’efficience est le but ultime du pratiquant de la Voie du Combat Naturel. Quand un geste devient efficient, il nous est également devenu naturel, c’est une seconde nature pour nous. L'efficience est un synonyme de relaxation dans l'action. Nous utilisons la juste quantité de force, sans plus. C'est ce que j'appelle la tension sélective.

Des racines et des ailes pour le pratiquant d’arts martiaux

Les trois principes d’efficience sont la respiration, la structure et le mouvement. Les principes de Mouvement et de Structure forment un équilibre Yin / Yang. La structure (Yin) est enracinement et le mouvement (Yang) est fluidité et insaisissable.

Le mouvement sous ses différentes facettes :

 

Les différentes traditions qu’elles soient asiatiques (pensée chinoise principalement) et slaves parlent du mouvement dans des termes différents, mais qui sont simplement complémentaires. La pensée chinoise elle va parler en termes de Yin/Yang (que l’on retrouve dans le fameux TaiJiTu, le symbole même du Yin/Yang ☯️..).

 

Alors que la pensée slave parlera de vague🌊. ou d’onde, qui n’est que le signe infini ∞ découplé. L’un est circulaire et cyclique, alors que l’autre est linéaire (sur deux axes, x et y). On peut imaginer combiner ces deux conceptions en un troisième qui forme une double spirale en trois dimensions, comme l’ADN🌀🌀. Mais ce n’est pas le thème de cet article, alors je vais abréger…

Comme nous le verrons plus loin, le principe du mouvement est totalement dans l’équilibre, ce qui se joue avec un réglage très fin qui demande de vraiment bien se connaître, mais également de beaucoup de sensibilité quant à notre adversaire et à la situation. Il s'agit de s'adapter à soi-même, à son adversaire et à la situation.

 

L'adaptabilité est un des sous-principes du Réalisme.

Dynamisme et  calme / Mobilité et déplacement / Continuité / Séquence / Timing et Rythme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« …soyez rapide comme le vent ; lorsque vous avancez par petites étapes, majestueux comme la forêt ; dans l’incursion et le pillage, semblable au feu ; à l’arrêt, inébranlable comme les montagnes. Aussi insondable que les nuages, déplacez-vous comme la foudre »

 

Sun Tzu

Dynamisme et calme  :

Tout mène à l’inertie, c’est à dire que tout a tendance à s’arrêter, et le fait de casser cette inertie va demander énormément d’énergie. Il peut s’agir d’inertie physique ou mentale, c’est presque le même combat.
Le dynamisme, cela veut dire de rester en mouvement, de manière ininterrompue. Si vous regardez un boxeur, vous remarquerez qu’il reste toujours en mouvement. Et pour la bonne raison que de briser l’inertie va demander plus d’énergie que de modifier son mouvement si l’on est en train de bouger dans la mauvaise direction. Un mouvement continu, mais pas forcément un mouvement toujours de la même vitesse, mais au contraire qui peut par moment s’accélérer ou ralentir, selon les besoins de la situation. En fait la maîtrise du dynamisme vient avec la maîtrise de la vitesse (principe de Timing).

 

L’inertie est aussi une habitude, surtout l’inertie mentale. Si au lieu d’agir, vous râlez, vous pestez, vous résistez (alors que de toute façon ces actions devront être faites…), surtout quand il s’agit de faire quelque-chose de désagréable (vaisselle, changer la couche pleine de votre enfant, prendre une douche froide ou rentrer dans l’eau froide, se lever du canapé pour chercher quelque-chose, sortir pour aller s’entraîner... je pense que cette liste pourrait continuer infiniment pour chacun). Pour votre information, le fait de vous habituer à l’inertie vous rendra également inerte lorsqu’il vous faudra agir pour sauver votre vie ou celle d’un proche en danger. Et je sais que cette vérité simple peut vous choquer (elle m’a aussi choqué), mais maintenant est le meilleur moment pour changer vers le mieux.

« Tout ce à quoi on résiste persiste, ce que l’on embrasse s’efface » Carl G. Jung

A un niveau supérieur, le calme et la tranquillité peuvent et doivent être utilisée d’une manière créative et utile. Nous pouvons par exemple calmer un agresseur grâce à notre propre calme, ce qui est la base de la désescalade en situation de crise. Il faut voir une situation d’agression comme une petite guerre, et se poser la question : « est-ce que cela vaut la peine de rentrer en guerre dans cette situation? » . Or, la majorité du temps, il est possible d’éviter la situation (fuite) ou de désescalader par une communication globale (verbale et non-verbale). En fait il faut rester dynamique à l’extérieur et calme (sang-froid) à l’intérieur.



A contrario

Un dynamisme poussé à l’extrême devient facilement agitation, hyperactivité. Un calme trop poussé peut devenir inertie, on se fige et nos réactions prennent de plus en plus de temps à prendre forme, c’est le réflexe de l’opossum. Ce sont deux pièges qui nous menacent, et il nous faut toujours trouver le juste milieu entre ces deux extrêmes dangereux.

Mobilité et déplacement

La mobilité c’est bouger le corps sans déplacer les pieds (ce qui est souvent oublié dans les arts martiaux conventionnels), par exemple déplacer sa colonne vertébrale, son épaule (ou toute autre partie du corps) afin d’absorber un coup ou afin de générer de la puissance (comme dans la vague du Systema ou le one inch punch en WingTsun / Jeet Kune Do ) .

Le mouvement sans mobilité va forcer au déplacement. Je considère en général le mouvement sans bouger les pieds comme de la mobilité, et le mouvement en bougeant les pieds en tant que déplacement. Il est évident que déplacements et mobilité sont très souvent combinés. Il faut apprendre à les utiliser de manière complémentaire. Mobilité sans déplacement sera dangereux et figé. Déplacement sans mobilité (typique de beaucoup de Karatékas) sera comme de bouger un bloc de béton sur des roulettes, sans ajustement fin, inadaptable.

 

Continuité / infini

Apprendre à faire des mouvements sans fin est un principe du Systema, que l’on retrouve surtout dans différents drills comme par exemple de bouger les mains, les pieds, la tête, etc… En traçant le signe infini ou le chiffre 8. Bien que certains styles de Systema exagèrent un peu sur ce principe, on peut simplement comprendre qu’il s’agit d’apprendre à faire se couler les mouvement les uns dans les autres pour atteindre une fluidité certaine ou une certaine fluidité (flow). Ces drills sont également une approche des exercices asymétriques, permettant de bouger de mieux en mieux différentes parties de notre corps de manière reliée ou indépendante.

 

Séquence / Ordre

Un mouvement efficient doit s’effectuer dans le bon ordre, la bonne séquence. Par exemple, pour générer une vague il s’agit de bouger les différentes parties du corps dans un certain ordre afin de créer cette fameuse vague, la bonne séquence sera efficiente, et la mauvaise séquence sera au mieux inefficace, énergivore, voire dangereuse… Je pense que je n'ai pas besoin de m'étendre sur le sujet.

 

Timing / Vitesse

Le bon mouvement au bon moment…

Il ne s’agit pas seulement de bouger. Mais il faut bouger au bon moment et à la bonne vitesse. Quand on utilise le bon angle, un mouvement lent peut battre un mouvement rapide. L’idéal (et il s’agit là de structure, vous pouvez consulter mon article sur la structure ici ) c’est d’utiliser notre posture et notre proxémique afin d’avoir gagné avant même que notre adversaire ne bouge. C’est un concept qu’il faut voir en face à face avec un instructeur confirmé. Le fait d’éduquer le corps afin de savoir générer une vague dans tous les plans ( à partir du sacrum) permet de créer de la vitesse et de la puissance (presque) sans élan.

 

Comment mettre du mouvement dans votre pratique martiale

  • Pratiquer vos exercices habituels, mais en restant en mouvement continu. A contrario, pratiquer les mêmes exercices en utilisant uniquement votre mobilité sans bouger vos pieds. Passez instantanément de la légèreté à la lourdeur pour devenir imprévisible.
  • Une balle de tennis accrochée avec une corde au plafond afin d’entraîner l’esquive et le mouvement rapide est un excellent accessoire pour travailler mobilité, déplacement et timing.
  • Boxez contre l’ombre (dans le vide, exercice solitaire) en restant constamment en mouvement, des fois vite, et d’autre fois lentement.
  • Apprenez à reliez vos mouvement en faisant de 8 et des ∞, bougez dans les trois plans de l’espace, devenez réellement imprévisible et fluide. Faites variez votre vitesse, accélérez ou ralentissez vos mouvements.

Merci de m’avoir lu jusqu’ici, si cet article vous a inspiré, merci de me laisser un commentaire sympa juste ci-dessous, et si cet article vous a plu merci de le partager avec le plus grand nombre via les réseaux sociaux!

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Commentaires: 3
  • #1

    Gianni (mardi, 20 mars 2018 15:45)

    Intéressant, bon article pour commencer à structurer/harmoniser ses idées sur le mouvement

  • #2

    Jérôme Pinard (mardi, 20 mars 2018 20:43)

    Merci beaucoup !

  • #3

    Segui (dimanche, 08 avril 2018 14:51)

    Très intéressant. Merci